Adeline — fondatrice de 1100 Degrés : sculpter le quotidien, entre pièces intemporelles et artisanat responsable

Pousser la porte de 1100 Degrés, c’est entrer sur la gauche dans un espace boutique : des tasses de toutes tailles, de toutes formes, et surtout beaucoup de cœur. Dès l’entrée, on comprend que l’on pénètre dans un univers plein de douceur et de tendresse.

Sur la droite, l’atelier d’Adeline : des tasses en séchage, prêtes à la cuisson ; d’autres déjà cuites, en attente d’être émaillées. Au milieu, le tour de potier, cœur battant de l’atelier, où naissent chacune de ses créations. Chaque geste y est répété avec précision ; rien n’est laissé au hasard, même si la terre reste l’un des matériaux les plus surprenants et aléatoires, tant l’équilibre de chaque étape compte.

Ici, la terre se décline sous toutes ses formes. Et Adeline, avec le temps, la pratique et une sensibilité bien à elle, façonne ses pièces, accompagnée de Watson, son chat — son assistant à quatre pattes, un peu funambule.

En franchissant le seuil, j’ai découvert un univers poétique, fait de cœur, de mots joyeux et doux, et une personnalité profondément passionnée par son métier.

Lors de notre rencontre, tu m’as confié que cela faisait cinq ans que tu pratiquais la céramique. Peux-tu nous raconter ton parcours et ce qui t’a donné le déclic pour changer de voie ?

J’ai toujours travaillé dans l’artisanat, plus précisément dans les arts du feu. J’ai pratiqué une quinzaine d’années mon ancien métier : vitrailliste / décoratrice sur verre. J’ai également enseigné six ans dans l’Éducation nationale pour former de futurs décorateurs verriers, que ce soit en CAP, en BMA ou dans le cadre de reconversions professionnelles en tant que formatrice au GRETA.

Puis les déclics de la vie m’ont amenée à franchir le cap : travailler un autre matériau que j’affectionnais depuis toute petite — la céramique.
On ne sait jamais ce que demain nous réserve, alors autant tout faire pour vivre ses rêves dès que possible !

La céramique me permet de garder un lien avec mon ancienne casquette de prof, ce plaisir de la pédagogie et de la transmission, notamment grâce aux ateliers que je propose ici.

Ta boutique-atelier s’est implantée en dehors du centre-ville. Pourquoi ce choix d’un lieu “en marge” ? Qu’est-ce que cette géographie change dans ta manière de créer et de recevoir les gens ?

Pour moi, ce n’est pas un lieu « en marge ». Le quartier du Pont des Arts, c’est une petite ville dans Marcq-en-Barœul, un quartier où l’on fait tout à pied !
Ce choix de lieu est venu d’une opportunité totalement inattendue, arrivée très naturellement. J’ai d’ailleurs dû me positionner très vite pour ne pas laisser filer cette aventure surprise !

Mes enfants sont scolarisés juste en face et j’habite au bout de la rue. J’aime cette notion de quartier, cette proximité avec ses habitants et les liens qui se créent.

L’atelier-boutique est très proche de Lille (10 minutes de la gare Lille-Flandres), très bien desservi en bus, dans un quartier en pleine évolution.
Le local se situe sur un axe de passage : petits commerces, écoles, salles de sport, parc, Maison de la Jeunesse… tout ce qui fait vivre ce petit centre-ville.

Dans ton métier, il y a autant de gestes que de patience. Comment parviens-tu à faire cohabiter le temps long de la création avec le rythme effréné du monde actuel ?

Mon rythme à l’atelier est, à l’instar de ce monde actuel, tout aussi effréné ! La production ici est souvent rythmée par une succession de gestes qui prennent du temps et demandent de la patience. J’aime ces gestes de patience, parfois proches de la méditation, comme un moment coupé du monde.

On ne dirait pas comme ça, mais le travail de la terre est à la fois physique et méditatif. Garder le cap, savoir regarder au loin dans le processus de création, c’est une clé pour avancer step by step.

Ce métier demande énormément d’étapes où tout peut arriver jusqu’à la dernière cuisson. Il exige de la patience dans la répétition, de la persévérance.

Ton univers est à la fois minimaliste et élégant, ponctué d’une touche de douceur avec ces petits cœurs qui reviennent souvent dans tes créations. Comment as-tu su définir ton style ? Est-ce le fruit d’inspirations précises ou quelque chose qui s’est construit naturellement au fil du temps ?

Au fil du temps, j’ai créé des collections nourries par mon intuition et mon univers personnel, sans me poser trop de questions : juste créer, pour chez moi. J’aime la notion de pièces intemporelles, très simples, pures.

Minimalistes mais profondément créatives, les différentes collections rendent hommage aux formes puisées dans mes souvenirs d’enfance. Je fonctionne beaucoup en écoutant mon cœur et c’est naturellement qu’ils sont arrivés là.

Être artisan·e aujourd’hui, c’est aussi devenir entrepreneur·e. Comment gères-tu cette double casquette : entre création, production, communication et vente ?

Comme tout indépendant multi-casquette, cela demande beaucoup d’organisation et d’anticipation dans les différentes parties du job. Sachant qu’à ces casquettes s’ajoutent celles de la vie perso, je me vois plutôt comme une mompreneur avec un couteau suisse dans la poche !

Pour ce qui est des parties créatives, elles fonctionnent par vagues, selon les périodes de l’année : des moments d’élan artistique et des phases de production intensive.

Le plus difficile, ce sont ces périodes où il faut être partout à la fois et changer de casquette très vite.

Tes créations sont revendues dans plusieurs boutiques de la métropole. Qu’est-ce que cela change dans ton rapport au public et à la valeur de ton travail ? Et où peut-on les retrouver ?

Je travaille avec des boutiques et concept stores un peu partout en France et en Belgique. Je privilégie les collaborations avec celles qui portent de belles valeurs dans leurs sélections de créateurs, en garantissant une démarche locale, responsable et éthique au public. Ce qui me plaît le plus avec ces concept stores, ce sont les créations de collections exclusives, qui stimulent pleinement ma créativité !

Je travaille avec des revendeurs depuis le tout début de la création de mon entreprise : je créais depuis chez moi, et tout était réalisé dans l’une des chambres de la maison.

Depuis un an, j’ai l’atelier-boutique, qui me permet de rencontrer mon public et de lui faire découvrir que les pièces proposées dans ces concept stores sont fabriquées en ultra-local. Les visiteurs sont émerveillés dès qu’ils entrent et qu’ils découvrent les coulisses de la fabrication.

La boutique m’a permis d’ajouter une nouvelle corde à mon arc avec l’arrivée des ateliers que j’anime ici. Je suis ravie de voir naître de nouvelles collaborations qui arriveront dans la métropole en 2026.

De plus en plus de femmes se tournent vers les métiers manuels et artistiques comme une forme de reconquête de leur liberté. Est-ce quelque chose que tu ressens dans ton propre parcours ?

Je me suis toujours sentie libre de ma vie professionnelle car je suis dans ce milieu créatif depuis le début de mon activité, j’ai suivi des opportunités avec instinct.

L’atelier est souvent vu comme un espace intime, presque méditatif. À quoi ressemble une journée type pour toi ici ?Quel lien entretiens-tu avec la matière, le geste, le rythme de la fabrication ?

Il n’y a pas de journée type, chaque journée est différente, car elle implique souvent de devoir changer de casquette au fil des heures.
L’arrivée de la boutique dans l’atelier apporte une part d’improvisation dans l’organisation.

Si tu devais transmettre un message à celles et ceux qui rêvent de se lancer dans un métier artisanal, ou simplement créer pour le plaisir, quel serait-il ?

Ce ne serait pas le même message pour se lancer dans le métier ou créer par plaisir ! Dans les deux cas : osez commencer.
Il n’y a pas de « bon moment », l’important est de ressentir la joie de créer. Restez vous-même dans ce que vous entreprenez.

La différence se situe dans l’intention et l’engagement. Créer pour le plaisir, c’est un espace de liberté totale, sans enjeu ni contrainte. Se lancer dans l’artisanat, c’est créer en tenant compte de réalités et de contraintes : cela demande de la complexité, de l’engagement, des exigences, des normes… Le point commun entre les deux serait de garder une notion de plaisir.

Si tu pouvais t’adresser à l’Adeline d’il y a cinq ans, juste avant qu’elle découvre la céramique, qu’aimerais-tu lui dire aujourd’hui ?

Continue de suivre ton instinct !

Garde le cap et ta confiance en l’avenir : suis-ton rêve.

1100 Degrés, c’est un savoir-faire, des années de pratique, un univers affiné avec le temps et aussi beaucoup d’heures de confection.
Mais pas seulement : Adeline vous ouvre la porte de son atelier-boutique, soit pour le plaisir de découvrir sa manière de travailler, soit pour participer à des ateliers et apprendre, à votre tour, à façonner la terre et à créer vos propres pièces (ateliers à découvrir sur Instagram ou directement auprès d’Adeline).

1100 Degrés se situe au 49 Rue Jean Jaurès à Marcq-en-Barœul, juste en face de l’église, à 10 minutes du centre de Lille.
Si vous souhaitez vous procurer l’une des créations de 1100 Degrés, vous pouvez également les retrouver chez Mouflette, au 62 Rue Pasteur à La Madeleine (à deux pas de la mairie).

Finalement, la meilleure manière de découvrir l’univers d’une créatrice, c’est encore d’aller à sa rencontre.

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