Marine Leroy, fondatrice du It Coffee : écrire et entreprendre, du lieu vivant au roman

Je ne pouvais pas réaliser des interviews-portraits de femmes inspirantes sans vous parler de Marine Leroy. Parce qu’il est fort probable que Marine soit la première entrepreneuse que j’aie connue dans ma vie. J’avais 18 ans, j’étais encore au lycée, et je découvrais le concept des coffee shops (il est d’ailleurs fort probable que mon addiction — et ma passion — pour le café aient commencé à ce moment-là).

J’allais au It Coffee dans le centre de Dunkerque, le midi, entre copines, pour papoter et déguster d’excellents bagels. J’y allais avec, dans le regard, une pointe d’admiration, sans savoir que, quelques années plus tard, je recroiserais son chemin à Lille. Pile au moment où elle commençait les premières ébauches de son premier roman. Et que nous deviendrions amies, puis entrepreneuses, à nous serrer les coudes.

Aujourd’hui, après 13 ans à la tête du It Coffee et des heures d’écriture patiemment accumulées, Marine Leroy vient de publier son deuxième roman en auto-édition. À travers ses livres, elle prolonge ce qu’elle a toujours su créer : des espaces de vie, des récits profondément humains, et des histoires qui prennent le temps d’exister.

Marine, on te connaît pour la création du It Coffee en 2012, café devenu emblématique à Dunkerque. Quel a été le déclic qui t’a poussé à lancer ce projet à l’époque ?

Je venais de finir mes études quand je suis partie un mois aux États-Unis avec une amie. Dès qu’on arrivait dans une ville, on filait toujours dans un coffee-shop : pour le café, oui, mais surtout pour l’ambiance familiale.

En rentrant à Dunkerque, je me suis dit : « c’est ça qui manque ici ». Mon déclic est venu de là : l’envie de créer le lieu que je passais temps à chercher. Un troisième lieu entre la maison, le bureau ou l’école.

J’étais jeune et insouciante mais je n’avais qu’une obsession : ramener cette ambiance à Dunkerque, ma ville natale.

En 2021, tu publies ton premier roman, Un âne couleur café. En quelques mots, quelle histoire y racontes-tu ?

C’est l’histoire de Gabrielle, 21 ans, qui fuit ses problèmes familiaux à Annecy pour se réinventer à Dunkerque.
Là-bas, elle décroche un job au It Coffee, découvre une ville pleine de caractère et se construit une nouvelle vie faite de rencontres, de cafés, et de déclics.

D’où te vient cette passion pour l’écriture ? Est-ce un élan qui remonte à l’enfance, ou un désir apparu plus tard, à l’âge adulte ?

J’ai toujours adoré les livres et admiré ces auteurs capables de nous faire voyager avec des mots. L'écriture était un rêve en suspension. Et puis il y a eu le confinement : ce temps imposé, presque volé à la vie, qui m’a finalement offert l’espace pour écrire.

Je voulais raconter mon univers, celui du It Coffee, mais en y ajoutant de la fiction, des personnages. C’est là que j’ai écrit mon premier roman, en m’inspirant de tout ce que je vis au It Coffee et des histoires qu’on s’y raconte autour d’une tasse.

Comment définirais-tu ton style d’écriture et l’univers dans lequel s’inscrivent tes romans ?

Fluide, feel-good, mais avec du fond. J’écris des histoires qui se lisent vite, font du bien, et laissent quand même une marque.
Mon univers mélange l’humain, l’émotion, et les lieux qui m’inspirent, comme le It Coffee à Dunkerque ou les montagnes autour de Annecy.

Quand as-tu commencé à rédiger les premières pages de ce premier livre ? Et qu’est-ce qui t’a donné envie de passer de la gestion d’un café à l’écriture d’un roman qui s’en inspire partiellement ?

J’ai écrit les premières pages au 3ᵉ jour du confinement, quand tout s’est arrêté, sauf mon envie de créer.
Gérer le café me passionne, mais l’écriture c’était mon rêve. Et comme on me parlait sans cesse de l’histoire du It Coffee, je me suis dit qu’il méritait d’exister autrement que dans les réponses rapides : sur le papier.

Je n’ai pas quitté la gestion du café pour écrire : j’ai utilisé l’énergie et les histoires qu’il me donne pour enfin écrire mon roman.

L’auto-édition de ce premier opus a dû être un apprentissage dense et parfois vertigineux. Qu’est-ce que cette expérience t’a appris ?

Ça m’a appris que le plus dur, c’est d’oser commencer. Après, tout devient possible.
J’avais peur, mais une fois lancée, j’ai adoré pouvoir comprendre et maîtriser tout le parcours du livre, de l’idée à l’impression, jusqu’aux mains des lecteurs.

L’auto-édition m’a offert deux choses essentielles : la liberté et la vision complète de “A à Z”.
Et je dois beaucoup à Morgane, mon illustratrice : un travail remarquable, méticuleux qui a vraiment donné une âme au livre. Beaucoup de lecteurs mettent en avant sa couverture et ses pictogrammes qui le rendent unique.

Avec le recul, y a-t-il des choix que tu aurais aimé aborder différemment dans cette aventure d’auto-édition ?

Si je devais le refaire, je ne changerais pas la direction : peut-être juste que je me ferais confiance plus tôt et que je profiterais encore plus du processus au lieu de douter.

En 2025 paraît la suite des aventures de Gabrielle : Courir après les cygnes, ton second roman. Qu’as-tu mis en place pour mener ce projet au bout ?

J’ai d’abord écouté mes lecteurs : analyser leurs retours m’a permis de comprendre ce qui les avait touchés dans mon premier roman.
Sur les salons et séances de dédicaces, j’ai aussi beaucoup parlé avec d’autres auteurs : ça m’a aidée à dédramatiser mes doutes et à avancer.

Ensuite, il y a eu un stage d’écriture d’une semaine à Paris : un vrai déclic pour débloquer mes questionnements et structurer mes idées grâce à des rencontres merveilleuses. J’ai écrit, écrit, et encore écrit.

Écrire un livre est déjà une victoire en soi. Mais ensuite vient la promotion, l’envie de faire circuler le texte, de toucher des lecteurs. Comment t'es-tu prise pour faire connaître ton roman et créer cette rencontre avec le public ?

Le It Coffee m’a donné de la visibilité dès le début : c’est un lieu vivant, avec une communauté qui me suit et m’encourage sur mes réseaux, et ça a tout changé.

J’ai commencé par raconter mon projet, puis j’ai embarqué les lecteurs dans les étapes d’écriture, les coulisses, les doutes, et les victoires.
Au lieu de juste annoncer un livre, j’ai voulu partager mon aventure en temps réel, ce qui a permis de créer un vrai lien.

Et aujourd’hui, la promo n’est plus seulement de la communication : c’est une rencontre naturelle.

Tu as publié deux livres en auto-édition. Souhaites-tu, un jour, collaborer avec une maison d’édition ? Et si oui, laquelle attire tout particulièrement ton attention ?

Oui, j’aimerais collaborer avec une maison d’édition un jour, pour grandir, apprendre et rayonner plus loin. Trois maisons me parlent particulièrement : Albin Michel, JC Lattès et Robert Laffont. Elles ont cette capacité à porter des histoires humaines, fortes, accessibles, avec du cœur et de l’ampleur.

As-tu en tête d’écrire un troisième tome autour de Gabrielle, ou souhaites-tu explorer d’autres récits, d’autres personnages ?

Oui, un troisième tome autour de Gabrielle me trotte dans la tête, mais je suis aussi dans une période où d’autres histoires me réclament.

Depuis quelques mois, de nouvelles idées, de nouveaux personnages et d’autres récits ont germé en moi. Je suis partagée entre continuer la route avec elle ou ouvrir d’autres horizons narratifs.

Enfin, quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui rêve d’écrire son premier livre et qui hésite encore à se lancer ?

La vie est courte : fonce. Écris comme si personne n’allait te lire… c’est là que naissent les livres qui touchent le plus.

En échangeant avec Marine, j’ai compris que tout prend du temps. Que savourer chaque étape du processus de création — comme de l’entrepreneuriat — est essentiel.

Qu’il s’agisse de faire grandir un lieu, de développer un café, ou d’en faire une histoire. De prendre du recul sur ce que l’on a construit, sur ce qui mérite d’être transmis. Tout demande du temps, et c’est bien souvent la persévérance qui devient notre meilleur allié.

Écrire un livre, c’est cela. Prendre du recul sur ce que l’on a déjà vécu, accepter de ralentir pour poser les mots sur le papier, puis leur donner une existence concrète par l’impression. Se retrouver avec un texte abouti entre les mains, et apprendre ensuite à le faire vivre, à en parler, à aller à la rencontre de ses lecteurs.

À travers ses romans, Marine Leroy prolonge ce qu’elle a toujours su créer : des espaces de partage, des récits profondément humains, et des histoires qui prennent le temps de se déployer.

Si les mots de Marine vous ont convaincus, vous pouvez retrouver ses livres à l’achat soit directement au It Coffee au 14 Rue du Président Wilson à Dunkerque (encore mieux si vous souhaitez rencontrer l’autrice).

Soit sur le site de la Fnac :

Tome 1 : Un Âne Couleur Café

Tome 2 : Courir après les cygnes

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Adeline — fondatrice de 1100 Degrés : sculpter le quotidien, entre pièces intemporelles et artisanat responsable